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  • Méthode MPC

Lettre au silence

par Marie Pauline Chassé



Cher Silence, je t’écris cette lettre pour t’exprimer à quel point ma relation avec toi fut, par moment, insupportable. J'ai tout fait pour t’éviter, car je savais pertinemment qu’en te côtoyant, j’allais, par le fait même, entendre ce dialogue interminable à l’intérieur de moi. Et pour moi, il n’en était pas question.

J’ai fait toutes sortes de choses pour m’éloigner de toi.


J’ai parcouru les magasins. Les objets chers me permettaient de moins t’entendre… temporairement ! J’étais rarement à la maison seule plus d’une heure, sinon, la musique jouait à tue-tête. Toutes les raisons étaient bonnes pour ne pas t’entendre.

Silence, j’ai été même jusqu’à tout contrôler autour de moi pour t’éviter. Le temps passé à régler les problèmes des autres m’éloignait de toi. J’étais disponible jour et nuit. Accepter ce qui m’était demandé était devenu le moyen le plus efficace de me tenir occupée. Me garder hors de ta portée me rassurait.


Jusqu’au jour où...

Un bon matin, mon corps a refusé de se lever. Comme si, pendant la nuit, Silence, tu m’avais éteinte. Tu m’as joué un sale tour.

Tu m’as obligée à me regarder. Et à t’entendre.


J’étais en colère. Mon incapacité à être fonctionnelle m’a ramenée à moi. Et à toi.


Paralysée dans mon lit à attendre que le temps passe, je t’entendais me dire:

«Pourquoi as-tu fait ceci ? Pourquoi as-tu fait cela ?»


Je t’entendais me déballer toutes mes erreurs de jugement, tous mes faux pas qui m’ont éloignée de toi. Durant des mois, tu m’as forcée à te regarder droit dans les yeux. J’ai crié, hurlé ma rage. J’ai détesté t’entendre beugler mes faiblesses à ton égard pendant que je braillais ma vie.


Puis, après m’être longtemps apitoyée sur mon sort, j’ai compris que c’était toi le plus fort, Silence. J’ai fini par accepter que tu me dises ce que j’avais besoin d’entendre.


Et j’ai compris que...


Je ne voulais pas te côtoyer pour ne pas me rencontrer. C’est moi que je ne voulais pas voir. Pas toi. Tu me faisais peur, mais en réalité, c’était de moi que j’étais effrayée.


Il y avait des espaces en moi où j’avais classé, caché des dossiers, en espérant ne plus jamais avoir à les rouvrir. Du moins, c’est ce que je croyais. Cependant, avec le temps, je me suis aperçue que ce que je fuyais me poursuivait.


J’ai baissé la garde. J’ai abandonné le contrôle et je t’ai laissé me raconter ce que tu avais sur le cœur, Silence.


Tu m’as fait réaliser à quel point j’étais passée à côté de moi-même. Je me suis laissée influencer par mon égo, qui m’a fait croire qu’en me sauvant de toi, je n’aurais pas à régler ce qui me dérangeait dans ma vie.


Silence, après avoir pris conscience de l’importance de m’arrêter pour être à ton écoute, je dois te dire que j’ai changé d’avis à ton égard. Autant j’ai essayé de te fuir, autant maintenant, je m’efforce d’être avec toi le plus souvent possible. J’ai besoin de toi, Silence. Tu me procures la paix intérieure. C’est grâce à toi que je vis le moment présent et que je n’ai plus peur en l’avenir.


Je le sais maintenant. Le bonheur, c’est avec toi que je le ressens. C’est toi, Silence, qui me donne des ailes. Avec toi, je me sens libre.


Tu es mon ancrage.


Tu es ma force.


Tu es tout ce que j’ai de plus précieux.

Je regrette sincèrement de t’avoir tourné le dos. Je te demande pardon.


Silence, je t’aime et je serai toujours là pour toi, pour le reste de ma vie.


Au revoir.