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Lettre de mon égo

par Marie Pauline Chassé



Salut, petite humaine, c’est moi, ton égo. Si je suis là, c’est pour ralentir ton évolution.

J’aime te faire croire qu’il faut que tu paraisses bien aux yeux des autres. Le fait que tu croies qu’il te faut tout accepter pour ne pas déplaire, moi, ça fait mon affaire.

Je te manipule comme je veux et tu obéis à mes moindres caprices. Je m’organise pour que tu penses que la vie est un combat et que tu dois travailler fort pour avoir quelque chose, et crois-moi, ça fonctionne.


Pendant que tu agis ainsi, moi, je prends de l’expansion.

Continue comme ça, petite humaine ! Tant que tu resteras petite, moi je serai grand. Mon but est de te tenir dans l’ignorance de mon fonctionnement. Ça me donne du pouvoir.

Continue d’en donner plus que pas assez. Continue de dire oui à tout ce qu’on te demande sans te demander si ça te convient. Continue à avoir peur de ne pas être aimée et de ne pas être reconnue. Ça t’oblige à « faire » plutôt qu’à « être ». Et ça me permet de t’utiliser à fond.

Je me nourris de tes failles. Je n’ai besoin que de te faire sentir coupable ou bien de te faire douter de toi et ça fonctionne à tout coup.

Si tu es devenue perfectionniste, c’est grâce à moi.


Si tu es devenue dépendante affective, c’est grâce à moi. Si tu es anxieuse, c’est grâce à moi.

Tu vois à quel point tu as besoin de moi pour te sentir au-dessus de tout?

Quand tu es anxieuse et angoissée, quand tu as peur et que tu as une boule dans ton estomac, c’est bon pour moi. J’adore ça.


Je me sens vivant.


Cependant, quand tu lis un livre sur l’estime de soi, quand tu prends un cours de développement personnel, quand tu vas voir ta thérapeute ou que tu fais des retraites de silence, moi, ça m’énerve. Quand l’idée te vient de faire des changements dans ta vie, de t’éloigner des personnes toxiques, quand tu décides de lâcher prise, je n’aime vraiment pas ça. Dans ce temps-là, je souhaite de toutes mes forces que tu renonces au bonheur, car plus tu es heureuse plus je perds mon emprise sur toi.


Moi, ton égo, je suis dans ta tête. Quand tu oses aller dans ton cœur, je te ramène aussitôt dans ta tête. C’est moi qui te répète sans cesse que tu n’y arriveras pas. Te ramener dans la survie est un travail constant pour moi.


Le problème, c’est que, depuis un certain temps, tu as des envies de te retrouver. Tu ressens un grand besoin de liberté.


Voyons, petite humaine, qu’est-ce que cette résilience ridicule ? Tu n’es pas bien avec moi ? Dans le confort d’un fonctionnement que tu connais bien ? Ne fais pas ça ! Je me sens perturbé, moi. Je fais tout pour t’en empêcher et malgré mes efforts je m’aperçois de plus en plus que je perds le pouvoir que j’avais sur toi.

Je te harcèle, j’empoisonne ton existence en faisant tout pour que tu te sentes coupable, mais cela devient de plus en plus difficile pour moi. Tu prends de l’assurance, petite humaine. Tu ne peux pas savoir à quel point ça m’exaspère !


Tu sais, moi, je suis présent depuis la nuit des temps. Tout a commencé avec tes ancêtres. De génération en génération, j’ai pris des forces. Mon pouvoir était grand et je me croyais indestructible jusqu’à ce que tu apparaisses.


C’est quoi cette envie d’être bien dans ta peau?


Personne avant toi n’avait ressenti ce besoin complètement inutile ! Madame pense qu’elle est née pour le bonheur ? Voyons ! Ça se passe de commentaire !


Eh bien, tu as une décision à prendre, petite humaine. C’est moi ou c’est le bonheur. Ne pense pas que tu peux avoir les deux. L’égo ne cohabite pas avec le bonheur. Nous ne faisons pas bon ménage !



Alors, si je comprends bien, je ne suis plus ton premier choix. Tu n’as pas besoin de me faire un dessin. Je vois bien que tu ne veux plus me céder le haut du pavé ! Tu t’entêtes à choisir le bonheur ? Eh bien, vas-y, si c’est vraiment ce que tu veux, sois heureuse.


Mais penses-y bien ! Je t’avertis, je ne te ferai pas la vie facile.


Tu me trouveras régulièrement sur ton chemin.


En attendant, je vais voir ailleurs si j’y suis.


Au revoir, petite humaine.


Je te souhaite bien du bonheur.